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LA SAISON 2024-2025
Le vendredi 27 juin 2025, s’est tenue la remise des prix du GPLG pour la cinquième saison au Golf international de Roissy (95), en présence du Président du jury, Emmanuel Gédouin, lui-même auteur de nouvelles.
Merci à Adrien Zavaroni, le directeur du Golf de Roissy, qui nous a accueillis dans une de ses salles.
Un hommage a été rendu à Michel Niedbala, architecte du golf de Roissy et partenaire du Grand Prix Littéraire du Golf, décédé en 2023.
LE PREMIER PRIX a été décerné à Monsieur Julien HILAIRE, de SAINT-ERBLON (35) pour sa nouvelle LE DERNIER SWING, quand les regrets se mêlent à l’espoir.

Présentation de l’auteur :
Né en Alsace en 1983, Julien HILAIRE n’y passe qu’une très courte partie de son enfance, puisqu’il rejoint dès l’âge de 6 ans la Bretagne et la périphérie rennaise où il réside encore aujourd’hui. Informaticien freelance, il profite de ses horaires flexibles et du télétravail (enfin plus précisément du temps qu’il ne perd plus dans les transports) pour jardiner, bricoler, voire même écrire des nouvelles… Passionné de sport, il s’est frotté à pas mal de disciplines : football, tennis, badminton, boxe française… Le golf, qu’il n’avait pratiqué que sur la Wii dans sa jeunesse, il hésitait justement depuis quelques années à s’y essayer. Alors, lorsqu’il vit passer ce concours de nouvelles, lui qui n’avait jusqu’ici réalisé que de courts récits de science-fiction se lança dans l’aventure d’écrire sur un sujet qu’il ne maîtrisait que très partiellement. Armé d’un lexique du golf trouvé sur Internet, il réussit à sa grande surprise à produire une nouvelle qui plut au jury du Grand Prix Littéraire du Golf ! Fort de cette victoire et des lots qui l’accompagnent, il se sent déjà bien motivé pour troquer son clavier contre un club et se découvrir une passion pour la petite balle blanche !
NOUVELLE PRIMÉE
LE DERNIER SWING
La brume du matin s’attardait encore sur le parcours, étirant son voile léger au-dessus des fairways immobiles. Henri ajusta la sangle de son vieux sac de golf, usé par des décennies d’allers-retours. La poignée en cuir craquait sous la pression de ses doigts. Devant lui, le trou numéro un s’étendait comme une invitation, une promesse silencieuse.
C’était son parcours préféré, celui où il avait passé le plus clair de ses dimanches, seul ou en bonne compagnie, à perfectionner son jeu. Mais aujourd’hui, il était vide. Pas un bruit de club frappant une balle, pas un murmure entre partenaires de jeu. Juste le chant des oiseaux et le craquement des feuilles sous ses pas.
Henri savait que ce serait la dernière fois. À soixante-dix-sept ans, son corps ne suivait plus. Ses genoux grinçaient comme une charnière rouillée, et son épaule droite protestait à chaque mouvement trop brusque. Mais ce n’était pas seulement pour cela qu’il revenait. Ce matin-là, il avait quelque chose à accomplir.
Il se posta sur le tee de départ, les pieds ancrés dans l’herbe fraîchement coupée. Le manche de son driver glissa naturellement entre ses doigts, comme une vieille habitude, un geste gravé dans son corps. Il respira profondément et posa son regard sur l’horizon. Le parcours semblait inchangé, figé dans le temps. Pourtant, chaque mètre de gazon portait en lui les empreintes d’une vie.
Le vent souffla doucement dans son dos, et un sourire triste étira ses lèvres. « Allez, vieux fou, une dernière partie, » murmura-t-il pour lui-même avant de se pencher vers sa balle.
Le premier swing fendit l’air avec un son clair, presque mélodique. La balle s’éleva, traçant une courbe parfaite dans le ciel pâle, avant de retomber au milieu du fairway. Henri hocha la tête, satisfait. Il commença à avancer, chaque pas réveillant un souvenir enfoui, chaque trou se dressant comme une porte vers le passé.
Arrivé au deuxième trou, il s’arrêta un instant. Sous un vieux chêne, un banc bancal se tenait encore là, témoin silencieux de tant de parties disputées. Henri passa sa main sur le bois rugueux et esquissa un sourire. Ça avait été leur point de rencontre, lui et Robert, son meilleur ami. Ils y refaisaient le monde après chaque partie, une bouteille de rouge à portée de main. Robert était parti il y a cinq ans, emporté par une maladie foudroyante. Ce banc était devenu une sorte de relique pour Henri, un rappel des fous rires et des complicités d’antan.
« À toi, mon vieux Rob, » souffla-t-il en frappant son coup suivant. La balle fila droit et roula doucement jusqu’à quelques centimètres du trou. Parfait. Robert aurait apprécié ce birdie.
Au quatrième trou, ce fut un autre souvenir qui l’assaillit. Celui d’Élise. Il se souvenait encore de la façon dont elle avait ri la première fois qu’elle avait pris un club en main. Maladroite, mais gracieuse à sa manière, elle avait fini par tomber amoureuse du jeu — et de lui, par la même occasion. Ils avaient passé des après-midi entiers sur ce même green, à se taquiner, à parier des dîners sur qui ferait le meilleur score. Ce trou était le sien. Il lui avait promis de ne jamais l’oublier, et jusqu’à ce jour, il avait tenu parole.
Il resta là plus longtemps que prévu, les yeux perdus dans la pelouse. Les souvenirs d’Élise étaient les plus doux, mais aussi les plus douloureux. Chaque détail — son rire, son parfum, la façon dont elle relevait ses cheveux après un coup manqué — s’imposait avec une précision cruelle.
À mesure qu’il progressait sur le parcours, les souvenirs devenaient plus vifs, plus lourds aussi. Au huitième trou, il se rappela cette compétition fatidique où il avait choisi le golf plutôt que d’assister à la naissance de son fils. Jack était arrivé au monde sans lui, et il portait encore aujourd’hui le poids de cette absence. Jack, justement, hantait chacun de ses pas. Ils ne s’étaient pas parlé depuis des années. La dernière dispute — violente et douloureuse — avait laissé des traces que ni l’un ni l’autre n’avait su effacer.
Arrivé au dixième trou, une fine pluie commença à tomber, ajoutant une teinte de mélancolie à l’atmosphère. Henri s’abrita sous un arbre, fixant l’étendue verte devant lui. Ce trou-là était marqué par l’échec. C’était ici qu’il avait perdu une compétition cruciale, à cause d’un putt manqué. Pourtant, en y repensant, cet échec avait été une leçon. « La vie est comme un putt difficile, » avait dit Robert ce jour-là, « tu te rates parfois, mais tu apprends toujours. »
Arrivé au dix-huitième trou, Henri s’arrêta net. Sur le banc, juste à côté du green, une enveloppe légèrement froissée était posée. Son nom était griffonné dessus. Il jeta un regard autour de lui, mais le parcours était toujours aussi vide. Intrigué, il ouvrit la lettre avec des doigts tremblants.
« Papa,
Je savais que tu viendrais aujourd’hui. J’ai longtemps hésité avant de t’écrire, mais il fallait que je le fasse. Pendant des années, j’ai porté en moi la colère de ce que tu n’étais pas là quand j’avais besoin de toi. Mais maintenant que je suis père à mon tour, je comprends mieux. Tu as fait ce que tu pensais être juste, à ta manière. Et aujourd’hui, je veux que tu saches que je te pardonne. Si tu veux bien, j’aimerais qu’on joue une partie ensemble, avec ton petit-fils. Il est déjà meilleur que nous deux réunis.
Jack »
Les yeux d’Henri s’embrouillèrent, mais un sourire sincère éclaira son visage. Au loin, une silhouette apparut. Jack, accompagné d’un petit garçon qui tenait un club presque trop grand pour lui. Henri hocha la tête et posa son club. Ce dernier swing avait fermé un chapitre, mais un nouveau s’ouvrait déjà.
LE DEUXIÈME PRIX a été décerné à Madame Sophie D’AULAN, de BOULOGNE-BILLANCOURT (92) pour sa nouvelle LE DERNIER PARCOURS, ou le récit émouvant d’un témoignage d’amour.
Présentation de l’autrice :
Autodidacte, passionnée et curieuse de nature, Sophie d’Aulan construit depuis plus de 30 ans des passerelles entre les mondes. Après une première vie de comédienne, elle devient journaliste pendant plus d’une décennie (RMC, MCM, Vogue, Gala…), avant de fonder en 2000 Connecting, son agence de conseil en stratégie de communication.
À la croisée des univers artistique, économique, politique et culturel, elle tisse pour les marques et les dirigeants des liens de proximité à haute valeur. Elle a développé en complément le reverse mentoring en marchant, une offre agile et résolument simple : des one-to-one avec de jeunes experts talentueux, « les Péripates », dans un cadre inspirant et hors les murs.
Elle coanime également depuis février 2025 « Le Poulet du Dimanche », tous les dimanches sur Europe 1 avec Guillaume Benech, un festin radiophonique de discussions intergénérationnelles.
Amoureuse de la nature, elle voit dans le golf un art de vivre entre précision, silence et imagination : une discipline de concentration, d’élégance et de persévérance, qui fait dialoguer l’effort avec l’instant.
Chaque partie de golf est un nouveau chapitre à écrire, un swing à jouer comme dans la vie. On perd, on gagne… On avance un coup après l’autre, à son rythme !
NOUVELLE PRIMÉE :
LE DERNIER PARCOURS
La lumière tamisée de la chambre de l’hôpital Necker donnait une teinte douce aux murs pâles. Un léger bip résonnait dans la pièce, rythmant les battements de cœur fatigués de Noé. Assis à son chevet, Thomas, son père, lui tenait la main, cherchant les mots qui apaiseraient son fils dans ces derniers instants.
— Papa, murmura Noé en tournant légèrement la tête vers lui. J’ai un peu peur.
Thomas ferma les yeux une seconde, luttant tel un pompier pour éteindre ses larmes. Il inspira profondément et sourit doucement en attrapant la main de son fils.
— Tu te souviens de notre dernière partie de golf ?
Noé hocha faiblement la tête. Son crâne rasé mettait ses deux yeux bleus sur orbite.
— Oui… Au Golf des Chênes. J’avais réussi à faire voler la balle.
— Exactement. Tu sais, mon grand, la vie, c’est comme une partie de golf. Chaque journée, c’est un trou qu’on joue avec patience et courage. Parfois, on réussit un birdie, parfois c’est un bogey. Il arrive que la balle roule parfaitement sur le green, puis, soudain, elle tombe dans un bunker. Mais on continue toujours d’avancer.
Noé cligna lentement des yeux, attentif.
— Et moi, Papa… Je suis à quel trou ?
Thomas sentit son cœur se serrer, mais conserva son sourire tendre. Il prit dans ses grands bras le frêle corps de Noé pour lui ajouter un souffle de vie.
— Tu arrives au dix-huitième, mon champion. Le dernier trou. Celui où l’on regarde tout ce que l’on a accompli, tous les beaux coups qu’on a joués. C’est là qu’on prend une grande inspiration et qu’on frappe une dernière fois, pour envoyer la balle le plus loin possible, jusqu’à l’horizon.
Thomas se remémora les premières leçons, quand Noé, encore tout petit, essayait de soulever un club trop lourd pour lui. Il revit ce jour où, sous une pluie fine, ils avaient continué à jouer malgré le vent, riant comme s’ils étaient les seuls au monde. Il pensa à cette compétition junior où Noé avait raté son putt décisif et pleuré dans ses bras, inconsolable. Et puis, il y avait eu cette journée magique, où tout semblait parfait : un soleil éclatant, un swing impeccable qui leur avait laissé des étoiles dans les yeux, une crêpe au Nutella en guise de trophée et l’achat d’un polo bleu pour Noé, le même que le sien avec le logo du golf.
— Et après ? demanda Noé, la voix un peu plus faible.
Thomas se passa la main dans ses cheveux et chuchota à l’oreille de son fils.
— Après, mon amour, il y a le plus beau des club-houses. Là-bas, un grand terrain sans fin t’attend, avec les plus beaux fairways que tu puisses imaginer. Le vent souffle doucement, les oiseaux chantent paisiblement, et chaque coup est parfait. Tu retrouveras tous ceux qui t’aiment et qui t’attendent, prêts pour de nombreuses parties.
Noé inspira légèrement, comme bercé par l’image. Une larme roula sur sa joue, mais il ne tremblait plus.
— Alors… Je vais jouer là-bas avec Pappy Maurice, hein, Papa ?
Thomas serra sa main un peu plus fort.
— Tu seras le plus grand champion, mon fils.
Noé sourit avant de fermer délicatement ses yeux, laissant son père l’imaginer sur un fairway doré, frappant la balle d’un swing parfait, filant vers un horizon sans fin.
LE TROISIÈME PRIX a été décerné à Monsieur Sébastien RAUBINE, de AUXERRE (89) pour sa nouvelle LE MAUVAIS PERDANT, ou les débuts humoristiques d’un joueur de golf.

Présentation de l’auteur :
Je n’ai encore jamais tenu un club de golf de ma vie, mais j’en ai souvent imaginé le poids — celui du silence avant le swing, du vent contraire, de la trajectoire imparfaite. Professeur d’histoire-géographie, écrivain à mes heures graves, j’ai publié quelques livres d’histoire et écrit quatre romans, dont les héros se débattent souvent avec le réel comme un golfeur avec un bunker traître. La littérature est mon terrain d’entraînement, l’écriture ma partie en solo. Longue, capricieuse, souvent perdue d’avance. Mais je persiste, mauvais perdant assumé. J’aime croire que le sport, comme l’écriture, est une lutte élégante contre soi-même. Le golf, que je découvre à travers vous, me semble déjà être un roman en 18 chapitres, où l’on tente d’approcher le trou sans jamais vraiment y parvenir. Et ça, franchement, ça me parle.
NOUVELLE PRIMÉE :
LE MAUVAIS PERDANT
Le golf agit comme un remède pour l’âme. Son immense service à l’humanité est d’enseigner, aux individus de notre espèce, qu’aussi fabuleux soient leurs triomphes dans d’autres domaines, ils ne sont, après tout, que des humains.
Le golf est un médicament contre l’orgueil démesuré. J’attribue l’arrogance insensée des derniers empereurs romains presque entièrement au fait que, n’ayant jamais pratiqué le golf, ils n’ont jamais connu cette humilité étrange et rédemptrice que suscite un coup raté.
Je me souviens très distinctement de ce jour où j’ai décidé de me mettre au golf. C’était une matinée d’automne, douce comme une madeleine tiède oubliée sur une soucoupe de porcelaine fine. J’avais lu quelque part — probablement dans un de ces livres que l’on n’ouvre qu’avec le seul objectif de briller en société — que le golf était une école de la modestie. Ayant depuis longtemps développé un talent certain pour me croire supérieur aux autres (ce qui est le propre, me semble-t-il, de ceux qui ne le sont pas), j’y vis une opportunité de rédemption. Ou du moins un bon sujet de conversation mondaine.
Le golf le plus proche de chez moi était niché dans une campagne d’une langueur bucolique. On y accédait par une route bordée de platanes dont les feuilles mortes semblaient applaudies par le vent. J’y allai donc, un samedi matin, vêtu d’un pantalon trop blanc pour être honnête et d’un polo d’une couleur que seul un homme privé de miroir, ou de fierté, aurait pu choisir. Le sac de clubs sur l’épaule me donnait l’allure d’un spadassin égaré dans une comédie de boulevard. Je me sentais ridicule et, paradoxalement, fier de l’être.
Ma première leçon me fut dispensée par un homme prénommé Gérard. Gérard parlait peu. Ses phrases étaient concises, ses gestes amples, presque chorégraphiques. Il me tendit un fer 7 comme un moine offrirait un manuscrit sacré. Je le pris avec la révérence d’un disciple — ce qui, connaissant ma vanité naturelle, relevait déjà du miracle.
— Vous voyez ce petit drapeau là-bas ? finit-il par me dire, après les présentations d’usage, en désignant une tache blanche perdue dans la verdure comme un mouchoir oublié. Essayez d’y envoyer la balle.
Il voulait à l’évidence jauger mes capacités, savoir d’où je partais. Il se demandait à quel point la feuille sur laquelle il comptait bien écrire sa partition était immaculée. Et, naturellement, je voulus lui démontrer que non, je n’étais pas complètement un perdreau de l’année. Je posai la balle sur le tee, ajustai ma posture comme je l’avais vue faire sur YouTube (car il faut bien s’instruire), pris une grande inspiration — et manquai la balle de toute la majesté d’un cygne qui raterait l’eau en atterrissant.
Gérard ne dit rien. Il haussa un sourcil, ce qui, venant de lui, équivalait à un sermon.
Je retentai. Cette fois, je touchai la balle. Elle partit à gauche, puis revint à droite, traçant une courbe si désespérée qu’on aurait cru un appel au secours.
Je compris alors ce qu’on voulait dire par « humilité ». C’était cette sensation subtile, presque élégante, d’être ramené à sa véritable place dans l’univers : quelque part entre le lombric et le furet domestique. Le golf, en cela, ne trichait pas. Il révélait l’homme à lui-même, sans fard. C’était une psychanalyse en plein air, où le divan était remplacé par un green, et le silence de Freud par le soupir navré de Gérard.
Je persistai, pourtant. Pendant des semaines, je m’accrochai à ce sport comme à une idée fixe. Mon swing s’améliorait, lentement. Mon ego, lui, fondait comme une boule de glace sous le soleil d’août. Car chaque progrès était suivi d’une chute, chaque bon coup d’un désastre. J’étais devenu un Sisyphe moderne, roulant ma balle plutôt qu’un rocher, mais avec la même absurdité digne de Camus.
Un jour — c’était au trou numéro 9, que je considérais déjà comme une sorte de Némésis personnelle —, je frappai un drive d’une perfection inattendue. La balle fila droit, noble, conquérante. Elle atterrit à quelques mètres du green, puis roula gracieusement jusqu’à s’arrêter à un souffle du trou. Je restai là, bouche bée, le club encore levé, figé dans une pose qui tenait autant du Christ en croix que du danseur de flamenco. Gérard, debout à mes côtés, hocha la tête.
— Pas mal.
C’était le compliment le plus bouleversant que j’avais jamais reçu.
Je me dis alors que, peut-être, j’étais en train de devenir un vrai golfeur. L’idée me grisa. J’imaginai déjà les tournois, les trophées, les discours de remerciement à Gérard, pleins de fausse modestie.
Et c’est dans cet état d’exaltation que j’abordai le putt final. Je me penchai. Respirai. Visualisai la trajectoire. Et dans un geste que j’osais croire élégant, je frappai la balle.
Qui roula.
Puis s’arrêta.
À un centimètre du trou.
Un centimètre.
UN centimètre.
Une trahison. Une gifle cosmique.
Je restai là, sidéré, comme un poète face à une rature. Le silence autour de moi était tel qu’on aurait pu entendre une mouche éternuer.
Puis, très calmement, Gérard déclara :
— C’est pour que vous restiez modeste.
Je ris. Un rire nerveux, creux, qui trahissait la fêlure intérieure. Le golf m’avait eu, encore une fois. Il m’avait rappelé que, quoi que je puisse tenter, je ne serais jamais qu’un homme : prétentieux, maladroit, et fondamentalement inapte à faire rouler une sphère blanche dans un trou rond.
Je compris que c’était cela, en vérité, la beauté du golf : ce mélange exquis de ridicule et de grâce, ce théâtre où l’on joue sans décor, mais avec toute son âme. Je remerciai Gérard, le club, l’automne, et même ce satané trou numéro 9. Je rentrai chez moi, la tête haute, le pas léger. Et je me jurai que je ne jouerais plus jamais.
J’y retournai le lendemain.
Évidemment.
Mais cette fois, j’avais acheté un nouveau gant. Rouge. Pour qu’au moins, si je ratais encore, ce soit avec panache.
Et ce jour-là je fis exploser, d’un swing majestueux, le pare-brise de la voiture de Gérard.

Cette remise des prix a été voulue exceptionnelle car nous avions décidé de réunir tous les lauréats des saisons précédentes depuis la création du concours, en 2020.
Seuls, Jean-Jacques Manach, Premier Prix de la Troisième saison, récompensé pour sa nouvelle « Rappelle-moi à mes souvenirs » et Marco Mariano, Deuxième Prix de cette même saison, pour « Plus d’un tour dans son sac » ont pu se libérer, ainsi que Thierry David, président du jury pour les saisons 2021-2022 et 2022-2023.

Une belle expérience à renouveler pour l’année prochaine.
Merci à tous !!!
Merci à tous nos sponsors : VERYGOLFTRIP, CALLAWAY, GOLFOMAX, GOLF INTERNATIONAL DE ROISSY, FLYGOLF, EDITIONS PLON, livres offerts par SEBASTIEN BROCHU, LA FAMILLE NIEDBALA, PIERRE-MICHEL BONNOT, PATRICK BEDIER, NICOLAS GRENIER, JOHN-ERICH NIELSEN, GÉRARD MULLER





LA SAISON 2023-2024
La remise des prix s’est déroulée le dimanche 25 août 2024 au GolfParc Robert Hersant (28). Merci à Eric et Séverine Hersant de nous avoir accueillis dans leur superbe golf. Merci à Antoine Doynel, le directeur du golf et à toute l’équipe du GolfParc.
LE PREMIER PRIX a été décerné à Monsieur Romain LIZÉ, de POITIERS (86) pour
« OBSTACLE D’EAU » ou les états d’âme d’un golfeur ayant perdu sa balle dans un obstacle d’eau.

Présentation de l’auteur :
« Partageant mon quotidien professionnel entre les ressources humaines et l’informatique, je profite de mon temps libre pour cultiver ma passion pour la littérature. Le GPLG m’a offert l’opportunité de raviver mes souvenirs de greens au fil de la narration, faisant resurgir le vertige qu’éprouve le golfeur au départ du trou n°1 : un horizon vert en guise de page blanche. »
OBSTACLE D’EAU
Du ciel pleuvait une lumière blanche, des rayons de feu tempérés par un épais brouillard, comme si le jour peinait à sortir de son lit. Mon esprit aussi semblait repousser le réveil. Ce n’est qu’en approchant du départ, à la vue lointaine de cette tache vert tendre surmontée d’un pavillon rouge, que ma vue s’est éclaircie, dissipant l’ombre pour entrevoir la lumière.
Mes muscles raides ont hasardé un swing autrefois robuste. La trajectoire de la balle m’a rappelé sans délai l’humilité inhérente à la pratique du golf. Quand les joueurs chevronnés paraissent ne faire qu’un avec leur club, l’alignant harmonieusement avec l’axe de leurs bras, dessinant des courbes régulières sur la lande endormie, le mien faisait figure d’excroissance de ma maladresse. Alors que j’observais un promeneur cheminer à l’orée du bois voisin, j’imaginais sa surprise en apercevant ma silhouette courbée de laboureur de fairways innocents.
Après avoir ramassé la balle au fond du trou numéro un, j’ai lancé un regard noir sur la fiche de score qui dépassait de la poche de mon sac. Le papier avait jauni durant mon absence. Les coins écornés me rappelaient la raison qui m’avait éloigné des greens. Faisant fi d’un passé encore trop présent, j’ai replongé la feuille au fond de la poche. Le score ne serait pas ma préoccupation du jour.
Au fur et à mesure que la brume s’élevait dans les cimes, mes gestes se sont affermis. Mon corps retrouvait la mémoire du jeu. Porté par ce parcours dont chaque méandre relevait du pèlerinage, j’inspirais avidement l’air matinal qui, une heure et demie plus tôt, me faisait l’effet d’une bouillie dense, à l’image des idées qui peuplaient mon esprit avant de fouler l’herbe humide.
Comment avais-je pu oublier la vertu de ce sport unique ? Cette discipline exigeante, tant physiquement que mentalement, revêt la particularité de provoquer l’élévation de la balle autant que celle de l’esprit. À chaque coup réussi, ce dernier semble graviter autour du projectile blanc avant de retomber délicatement sur le gazon ras, à la manière d’une bouteille porteuse d’espoir dérivant sur un océan vert.
Comme les papilles de Proust réagissant à la saveur d’une madeleine, l’arrivée au départ du trou numéro huit a ravivé des souvenirs viscéraux, de ceux qui font jaillir des sensations endormies. L’origine de cette divine amertume brillait à cinq mètres du green. Il s’agissait d’une étendue d’eau de quelques dizaines de mètres carrés dont l’évitement était rendu extrêmement délicat par la physionomie du terrain. En outre, de larges chênes entouraient ce seul accès au green, faisant de ce point un passage incontournable pour terminer le trou.
Un claquement sec, une respiration paniquée, puis un bruit blanc ponctué d’un long soupir : telle était la partition du trou numéro huit, la symphonie des balles trempées. Le cérémonial était resté identique : une marche agacée vers ce piège aussi stimulant que machiavélique, un regard penché sur la surface de l’eau, et… quelque chose avait changé. Ce n’était pas la forme du bassin, ni le camaïeu automnal du fond se mélangeant aux reflets du ciel, pas même la végétation droite couronnant la rive…
Après de longues minutes passées à contempler l’étendue brune, j’ai fini par comprendre. Le contour de mes yeux, la peau de mon front, les sillons dessinés sur mes joues, ma chevelure clairsemée : en réalité, rien n’avait changé ici, mis à part moi. Mes traits se mirant dans l’eau paisible n’avaient rien de comparable à ceux que j’observais, quelques années en arrière, avant que la maladie m’accable sans parvenir à m’emporter.
Depuis le bord de la rive, je devinais qu’une partie de moi-même subsistait ici. Une idée étrange m’a alors envahi : durant ces longs mois perdus dans une chambre blanche éclairée de néons crus, surnageait encore mon portrait imprimé à la surface, à peine visible, comme un filigrane persistant sur un timbre ancien, prêt à saluer les golfeurs maladroits qui, comme moi, plongeaient trop souvent leur regard dans l’obstacle d’eau.
La vision d’une balle végétant au fond du bassin m’a extirpé de mes songes. Je l’ai attirée vers moi du bout de mon wedge. Elle était visiblement trop ancienne pour être celle que je venais de perdre, mais son motif m’a interpelé… Bien sûr ! Ce symbole de pièce d’or, l’air espiègle de Monsieur André, tout cela me revenait par fragments…
Plusieurs années auparavant, alors que s’était ébruité le mal dont je souffrais, Monsieur André, figure du club aussi emblématique que discrète, s’était approché de moi à pas feutrés.
─ Il y a quelques semaines de cela, je vous ai entendu parler de votre amour contrarié pour l’Italie, terre que vous disiez ne pas avoir revue depuis longtemps.
─ Absolument, ma femme et moi nous nous sommes rencontrés à Rome…
Ne me laissant pas finir ma phrase, il m’avait tendu un sac de velours bleu roi. J’y avais découvert six balles floquées de pièces d’or.
─ En attendant de lancer une pièce porte-bonheur dans la fontaine de Trévi, j’espère du fond du cœur que ces balles vous porteront chance si, par malheur, elles atterrissaient dans le piège du trou numéro huit.
Avec ce mélange d’humour grinçant et de tendresse qui le caractérisait, il m’avait adressé un sourire complice en disparaissant aussi furtivement qu’il était apparu.
Des années plus tard, en ce jour de rémission golfique jalonné de sentiments oubliés, j’ai terminé mon parcours comme on clôt un livre d’enfance : absorbé par la redécouverte d’émotions passées, m’accrochant à l’idée absurde et belle que, dissimulé au fond de l’obstacle d’eau, le secret de ma renaissance n’avait cessé de briller.
LE DEUXIÈME PRIX a été décerné à Madame Hélène GOFFART de Hennuyères, en Belgique pour
« NOSTALGIE » ou les réminiscences d’une mère pour la passion de son fils.

Présentation de l’auteur :
« J’ai une passion pour le golf…Dommage qu’elle ne soit pas partagée ! » répète l’immense Érik Orsenna. Nous partageons les mêmes affinités : celle de l’écriture, et celle du golf. La première plus ancienne, la seconde plus récente. Comment s’articulent ces deux passions ? En complémentarité involontaire puisque, pour dissoudre les tracas de l’écriture, je pars jouer au golf. Et je reviens vite à l’écriture pour oublier les soucis du golf ! »
NOSTALGIE
Je me souviens d’un soir où la lumière dorée du crépuscule baignait le terrain de golf près duquel je venais de déposer l’amour de ma vie. Ses pupilles noires et brillantes, plantées au-dessus de son sourire ravageur, parlaient pour lui ; il était heureux. Ses amis l’attendaient et tous ne rêvaient déjà plus que de putts, fades ou draws.
Pour lui, j’existerais de moins en moins. Mon cœur se teintait de tristesse anticipée, car je savais que cette passion allait l’emmener loin de moi.
Je me souvenais de ses débuts sur le green et des doux moments partagés. Peu à peu, le golf avait pris une place prépondérante, devenant une ombre entre nous. Chaque club, chaque swing semblait nous éloigner un peu plus, et je sentais la distance grandir à mesure que son amour pour le golf s’intensifiait. Je le voyais, ce sport était une partie essentielle de lui-même, une extension de son être. Et même si je comprenais sa passion, une part de moi se sentait laissée pour compte, observant son nouveau monde depuis la périphérie. Mon manque d’habileté à manier un club me laissait étrangère dans le royaume du golf, là où il ne faisait que progresser.
Ce soir-là, en regardant sa silhouette s’éloigner vers le green, la tristesse broya soudain mon cœur. Les derniers rayons de soleil caressaient son dos, créant devant lui une ombre immense, augure de son succès à venir.
« Tu vas me manquer », murmurai-je, comme une prière faible à l’adresse du ciel. Il se retourna, un sourire tendre sur les lèvres, mais ses yeux brillaient déjà de l’anticipation de la partie à venir.
« À tout-à-l’heure », répondit-il avec entrain, sans même constater mon chagrin.
Rien ne pourrait changer cela, l’appel du golf serait plus fort que notre amour. Et, bientôt, les jours s’écouleraient, avec leurs lots de solitude et de silences prolongés. Les appels téléphoniques deviendraient des rituels rapides entre deux trous, entre deux parties. Les mots doux et les promesses d’amour éternel appartiendraient à une époque révolue, noyés dans le fracas des clubs frappant la balle.
Je suis restée debout, le regardant de loin s’ébattre sur le green, mon sourire masquant ce creux grandissant dans mon cœur et mon estomac. Les rires, les plaisanteries, l’énergie vibrante du terrain me laissaient en marge de cette passion dévorante.
Je pourrais accepter le rôle de celle qui attend patiemment sur la ligne de touche, je deviendrais une compagne reléguée au second plan derrière les fairways et les greens impeccables. Oui, puisque je n’avais pas le choix, j’accepterais de ne plus être la première des priorités de sa vie.
Dans un crissement, je compris à ce moment que d’autres passions se joindraient au golf tôt ou tard. Il se ferait de plus en plus d’amis et, un jour, il rencontrerait une femme qui aurait, comme lui, ces dispositions que je ne possédais pas pour le swing. Ce jour-là, il me quitterait, il irait vivre ailleurs, c’était une évidence.
Le soir grignotait peu à peu la lumière. Je l’ai alors vu revenir vers moi, la victoire éclairant ses traits.
« J’ai gagné ! J’ai gagné ! » a-t-il crié en se précipitant vers moi pour m’embrasser. Je l’ai serré dans mes bras, laissant sa fierté m’envahir au point de devenir mienne.
« Bien sûr, tu as gagné. » Je soufflais dans ses cheveux des mots d’amour tandis qu’il me dévisageait, radieux.
« Et tu sais quoi ? Cette victoire, je te la dédie, Maman. Tu as toujours été là pour m’encourager. »
Une émotion indescriptible me submergea tandis que j’embrassais plus fort encore la tête brune de mon petit garçon si doué et qui grandissait tellement vite.
LE TROISIÈME PRIX a été décerné à Monsieur Jacques BONNAL de Ecommoy (72) pour
« LE GOLF M’A SAUVÉ LA VIE » ou une déclaration d’amour pour le golf et l’existence.

Présentation de l’auteur :
« Je n’ai jamais joué au golf mais, j’aime le sport et les histoires. j’ai beaucoup joué au tennis de table. Finalement, c’est un peu le même sport que le golf : chercher à placer avec précision une petite balle blanche sur une grande surface verte. Il y a un an, j’ai eu un Accident Vasculaire Cérébral. Et, taper dans une balle de ping-pong me permet de continuer de jouer avec la vie. Et, si, je commençais à jouer au golf! »
LE GOLF M’A SAUVÉ LA VIE
Des balles blanches volent dans ma tête, les clubs se dressent vers le ciel, l’air gonfle mes cheveux. J’ai mal à la tête. J’ouvre les yeux , je vois mal à gauche, des étoiles scintillent à gauche. Des fées habillées tout en blanc frôlent mon lit. Elles parlent d’AVC. C’est quoi un AVC ? Un Artiste Voltigeur Cinéphile ? Un Amateur Virilement Correct ? Un Ardent Vireur Collectionneur ? Non, j’entends un murmure. Un AVC serait un Accident Vasculaire Cérébral ! Je suis sorti de la route ou du droit chemin. Un caillot s’est mis dans une veine, un accident de la circulation dans mon cerveau ! Je n’ai pas fait attention. C’est dommage, une semaine avant, j’avais joué comme un Dieu, je n’avais jamais aussi bien putté !
Il faut que je sois optimiste. J’ai l’impression d’être sous un terrain de golf, dans le royaume des taupes. Mais, je ne veux pas manger les pissenlits par la racine. Je regarde à droite. Je vois des chiffres partout, des tuyaux qui donnent la vie, une bouteille qui coule, mon sang circule, c’est le principal. Autour de moi, de belles princesses me caressent les bras et me sourient. Sous leurs blouses blanches, vertes ou bleues, se dressent de jolis tees à la recherche du soleil, les fairways s’étendent à perte de vue. Aucun brin d’herbe ne dépasse des greens, les aigles planent sur le parcours, les albatros volent en escadrille. Je me sens comme une pieuvre. Chaque tentacule porte un club. J’ai terriblement envie de jouer.
Une déesse aux cheveux de feu me parle d’IRM, de scanners, de radios. Je suis analysé, scruté, répertorié. J’ai fait un double bogey, j’étais parti pour le par, pas loin du birdie ! Mais, j’ai un peu trop abusé des clous de cercueil, des tisanes alcoolisées, des viandes bien grasses et des pâtisseries trop sucrées. J’ai les tuyaux un peu bouchés. Je me souviens, je suis tombé devant la porte d’entrée, je ne tenais plus debout. Des messieurs en bleu m’ont porté jusqu’à leur grand camion rouge. Le camion a roulé vite, j’étais bien secoué, mais je sentais qu’on voulait me sauver. Maintenant, je me sens mieux, j’ai envie de sortir et de taper dans la balle.
Aujourd’hui, j’ai mis ma casquette de golf, mon pantalon à la tintin, mon tee-shirt au crocodile et mes chaussures de clown. Je suis prêt à rejouer. Je suis au golf de Mulsanne, mon terrain de jeu préféré. Je me sens comme un gamin devant un sucre d’orge, j’ai envie de me jeter dans l’herbe, de sentir la terre et les pins, de voir voler les papillons, d’admirer les insectes et de glisser sur le gazon. J’ai mon mouchard sous le sein gauche, j’ai le cœur bien surveillé. Je prends régulièrement mes médicaments. En principe, tout devrait bien se passer.
Enfin ! Je me retrouve au départ du premier trou, j’enlève mon gant, je caresse les balles, je suis tellement content de les retrouver. D’ailleurs, mon démarrage est un peu mou, je n’ose pas taper dans la balle, je la respecte trop. Je n’arrive pas vraiment à approcher des piquets. Je ne vois pas trop bien les obstacles, je vois toujours mal sur ma gauche. Je n’arrive pas à éviter le plan d’eau et les bunkers. Je coule et je m’enfonce dans le sable bien chaud. Ce n’est pas bien grave, c’est tellement bon de retrouver la vie, le soleil, l’air frais et le golf.



Vidéo de la remise des prix :
Merci à tous nos sponsors : VERYGOLFTRIP, CALLAWAY, FLYGOLF, LES EDITIONS PLON, LES EDITIONS SOLAR, LES EDITIONS S&CO, LA LIGNE CAPFERRET,, livres offert par la famille NIEDBALA, PATRICK BEDIER, NICOLAS GRENIER, JOHN-ERICH NIELSEN, GÉRARD MULLER



LA SAISON 2022-2023
Le 14 septembre 2023, le Grand Prix Littéraire du Golf a remis ses lots aux lauréats de cette nouvelle saison. Cette manifestation littéraire et golfique s’est déroulée au Golf des Yvelines (78) avec le partenariat de Résonance Golf Collection et en présence de Thierry David, le président du jury.

Grâce à nos nombreux sponsors dont Résonance Golf Collection, Callaway, Verygolftrip, GolfStars, Golftechnic, les Éditions Plon et de tant d’autres… la dotation était exceptionnelle.



LE PREMIER PRIX a été décerné à Monsieur Jean Jacques MANACH de Plailly (60) pour :
« RAPPELLE-MOI À MES SOUVENIRS », une histoire sur la vieillesse et l’oubli, mais aussi sur ces lueurs d’espoir quand les souvenirs reviennent, laminés par une mémoire défaillante.

Présentation de l’auteur :
J’ai découvert le golf il y a une dizaine d’années. Dès le premier swing, j’ai su que je m’étais découvert une passion. Après une carrière professionnelle débutée à Brest sur le maintien en condition opérationnelle des sous-marins nucléaires, j’ai rejoins la région parisienne pour un mandat syndical au sein du ministère de la défense. En 2007, j’ai suivi la 59ème session nationale de l’IHEDN. Mes dernières années d’activité ont été consacrées aux organisations syndicales d’outre-mer, où j’ai pu découvrir quelques golfs tropicaux qui m’ont laissé des souvenirs magnifiques. Je suis aujourd’hui en retraite, ce qui me permet de me consacrer au golf et au tir à l’arc.
RAPPELLE-MOI À MES SOUVENIRS
L’été s’en allait déjà. Là-bas au fin fond de la forêt, le vieil homme contemplait de sa fenêtre, les arbres du parc. L’automne naissant ne leur avait pas encore volé leurs feuilles d’or.
Il avait traversé sa vie dont il ne restait plus rien, pas même des souvenirs. Uniquement des fulgurances de plus en plus rares. Il y avait ce jeu, comment s’appelait-il déjà ? Il y passait des journées et c’était bon.
Il se rappelait de balles alvéolées et de drôles de bâtons dont le maniement exigeait une habileté redoutable. Aujourd’hui, ces plaisirs avaient disparu et leur souvenir s’échappait de plus en plus. Il lui restait la solitude contre laquelle il ne pouvait rien.
Les journées étaient ponctuées d’heures, qui mises bout à bout, ne formaient qu’un vide angoissant.
Comme tous les matins, la dame en blanc, mais qui était elle ? pénétra dans sa chambre. Sourire aux lèvres, elle portait le plateau du petit déjeuner en lui lançant « Bonjour Monsieur Martin ! Vous avez bien dormi ? ».
Cette bonne humeur matinale lui fit du bien. La dame en blanc, c’est comme cela qu’il l’appelait, posa une tasse de café et des tartines sur la table d’acajou dans le coin de la pièce. Aux murs des portraits d’enfants posant à ses côtés. Lui, droit comme un i était vêtu d’un polo blanc portant une marque qui ne lui rappelait rien. Dans un coin de la pièce, quelques trophées trônaient sur une vieille étagère. Les étiquettes faisaient état de grands prix, probablement gagnés par lui, sinon que faisaient-ils là ? La dame en blanc repartit en lui lançant « bonne journée Monsieur Martin ! » Sans doute était-ce la même que les autres jours. Il se dit que de toute façon ça n’avait aucune importance. Plus rien n’avait d’importance. L’histoire aurait pu s’arrêter là. Café, tartine, point.
Dans l’après-midi, il reçut la visite d’une femme dont le sourire l’avait interpellé dès son entrée dans la chambre. Sa voix, douce et un peu traînante, couvrit le son d’une télévision qu’il ne regardait plus depuis longtemps.
Pourtant, son visage émacié, encadré de longs cheveux argentés, lui fit, l’espace d’un instant, remonter des souvenirs d’avant, vite balayés par l’oubli inexorable, celui de tous les jours.
Elle tenait dans sa main droite, cette espèce de canne dont il se souvenait maintenant de l’avoir utilisée à plusieurs reprises. Sa visiteuse se pencha et posa une balle blanche sur le sol. Elle se redressa doucement et frappa la balle d’un coup sec.
La balle roula sur la moquette verte et s’arrêta à quelques centimètres d’un dessous de verre posé à quelques mètres. Le vieil homme tourna la tête vers celle qui était son épouse, sa compagne de toujours, et les souvenirs remontèrent du fond de sa mémoire abîmée. Comment avait-il pu oublier ? Lui revinrent, comme si c’était hier, les parties de golf, oui le golf, c’est comme cela que ça s’appelait. Le club, un putter, n’était pas son préféré, et lui avait joué plus d’un tour lors des parties avec les copains. Il se leva alors péniblement et s’en empara fermement. Le plaisir, ce sentiment oublié, parcourut son corps fatigué. Il reposa la balle à quelques mètres de sa cible et pris son stance. Lors du bruit du contact, la chambre disparut soudainement. Autour de lui, un green immense entouré de vieux chênes, lui tendait les bras. Il était bien, il était heureux.
LE DEUXIÈME PRIX a été décerné à Monsieur Marco Mariano de Milly La Forêt (91) pour :
« PLUS D’UN TOUR DANS SON SAC », le récit d’une belle émotion suscitée par la disparition d’un ami et le ressenti de chacun.

Présentation de l’auteur :
Médecin par raison pendant quatre décennies, golfeur par défi depuis trente années, j’ai examiné et traité mes patients du mieux que j’ai pu, j’ai par-contre épuisé mes différents Pros de Golf plus que je ne l’aurais voulu. Ils ont contribué à soigner mon swing et mon esprit en me permettant de découvrir cette activité merveilleuse, le Golf, qui devrait être remboursée par la Sécurité Sociale.
PLUS D’UN TOUR DANS SON SAC
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je trouve que certains jours les évènements nous maltraitent.
Aujourd’hui c’est lundi, un jour gris d’hiver au ciel bas. Jacques Brel aurait prédit qu’un canard se pendrait. Arrivé au golf, je file voir la secrétaire pour m’annoncer au départ, il est 8 heures, je joue dans trente minutes avec les copains. Le sourire aux lèvres j’entre à l’accueil, m’apprête à féliciter Ludivine pour ses boucles d’oreilles, chaque jour renouvelées. Elle tamponne ses yeux avec un kleenex et réprime des sanglots. Je m’immobilise interrogateur, elle ressent ma présence, se lève et éclate en pleurs dans mes bras.
MAURICE EST MORT ! parvient-elle à articuler entre deux spasmes.
Maurice, 93 ans, c’est l’âme du Club, membre depuis sa création il y a 70 ans. Sa partie de neuf trous quotidienne terminée, installé dans le confortable fauteuil rouge du bar, face à l’entrée, il interpellait les visiteurs par leur prénom, il connaissait tout le monde.
Sa fille Jacqueline souhaite que tu la rappelles, me précise-t-elle.
En plus d’être son ami, j’étais son médecin de substitution lors des absences de son référent. Je suis doublement triste de sa disparition. L’émotion me submerge, j’annule ma partie auprès de Ludivine, m’excuse auprès de Romain et Joël qui viennent d’arriver. Je décide de rentrer chez moi, au calme, pour m’entretenir au téléphone avec Jacqueline, du décès de son père. De retour à la maison désertée par mon épouse partie en randonnée, je craque une allumette sous la pyramide de petit-bois sec dans la cheminée, en réfléchissant à la subite perte de mon ami. Je vois défiler les images de nos parties communes, en particulier la joie qui l’avait envahi lors de son premier trou en un il y a six mois, à l’âge de 92 ans sur le par trois des biches. Un green en ile, posé au milieu d’une colline de rough dense en contrebas du départ.
UNFORGETABLE de Nat King Cole se retrouva sur la platine, chantant en sourdine. Je me décidais à appeler Jacqueline. Elle décrocha à la première sonnerie, mais attendit quelques secondes avant de parler. Arrivée tôt ce matin chez son père pour le ravitailler, elle le trouva sans vie allongé sur le lit, une enveloppe à mon nom échappée de sa main gisant à terre, à ouvrir par moi en présence de sa fille. Maurice, notaire à la retraite, avait bien sûr déjà prévu sa succession, qu’avait-il écrit ?
Quelques heures plus tard, après les formalités effectuées par un confrère permettant le transfert du corps, j’arrivais devant le portail monumental. La haute grille noire s’ouvrit à mon approche. Je m’engageais sur la grande allée et me garais devant la porte d’entrée entrebâillée où m’attendait Jacqueline, un plaid épais maintenu par ses mains croisées sur les épaules. Nous nous étreignîmes et sans un mot foulâmes les carreaux de ciment art nouveau qui faisaient la fierté du propriétaire. Elle m’indiqua la direction de la salle de musique et me pria de m’assoir sur l’un des fauteuils faisant face au piano. Jacqueline, fille unique, pianiste émérite, nous régalait une fois par mois d’un concert entre amis. Elle me tendit la lettre et la fine dague dont son père se servait pour ouvrir son courrier. D’un mouvement de tête amical, elle me pria de la décacheter. Je m’exécutais, sortis un papier soigneusement plié en quatre. Je dépliais la feuille et commençais à lire la missive à haute voix.
Ma chère Fille, mon cher Marc, je ne suis plus. Depuis quelques jours je sais que je vais bientôt rejoindre ma chère Marguerite. J’ai décidé d’arrêter mon traitement. Je souhaite dire à toute ta petite bande d’affreux jojos golfeurs, que vous avez éclairé mes dernières années, en m’acceptant dans votre groupe. Je te remercie d’avoir corrigé ma direction au départ du par trois des biches et de m’avoir permis de réaliser le seul trou en un de ma vie. Même si tu as demandé discrètement au barman de remplacer la bouteille commandée, par un autre Champagne hors de prix ! Je regrette de ne pouvoir te rendre la monnaie de ta pièce lors de ton futur premier trou en un que tu attends avec impatience, mais comme tu le sais, j’ai plus d’un tour dans mon sac !
Jacqueline, je te demande solennellement de bien vouloir répandre mes cendres sur le par trois des biches, accompagné de Marc, Romain et Joël, les fidèles mousquetaires. Le dernier de mes vœux, tirez-moi une salve d’honneur en jouant chacun une balle du départ après y avoir entonné. CE N’EST QU’UN AU REVOIR, prévoyez les protections de pluie, car vous chantez faux.
Deux semaines ont passé. Ludivine, dans la confidence, nous a bloqué une heure de tranquillité tôt ce matin. Nous cheminons tous les quatre avec notre équipement vers le par trois des Biches, Jacqueline porte discrètement l’urne, Joël tente quelques traits d’humour qui nous font juste sourire. Arrivés au green, nous entourons Jacqueline, chacun une main sur ses épaules, nous arpentons le gazon pour répartir les cendres de manière homogène et finissons par le trou. Nous remontons jusqu’au départ pour y chanter notre petite chanson, les corneilles nous répondent, il ne pleut pas.
Romain joue une balle, pile sur le green pour un birdie probable, Joël se retrouve dans le bunker de gauche. Je joue en dernier, un rayon de soleil discret apparait.
Maurice est avec nous ! Déclare Joël au moment où je prends mon stance .
Je recommence ma routine en lui lançant un regard de maitre d’école. Ma balle part bien droite, le contact était très doux, elle culmine, redescend, frappe le green, courte du drapeau et rebondit directement dans le trou. Les amis se précipitent vers moi, me congratulent, je suis dans un éther confus.
Jacqueline me regarde l’œil humide et me chuchote à l’oreille :
Il avait bien plus d’un tour dans son sac.
LE TROISIÈME PRIX a été décerné à Monsieur Richard Basset de Saint-Aygulf (83) pour :
« Un dog-leg en or », l’histoire d’une rencontre entre un Américain crédule, un chien nommé Ulysse et un golfeur, un brin escroc.
Présentation de l’auteur :
Professeur d’anglais à la retraite, le golf est entré tardivement dans ma vie car avec ma femme nous avons beaucoup voyagé et accumulé de merveilleux souvenirs que j’essaie de transcrire dans mes nouvelles. Habiter Saint Martin, en bordure du golf fut une étape authentique et inoubliable avec un chien extraordinaire mais qui, je le jure est innocent de toute tricherie. Mon imagination est la seule coupable.
UN DOG-LEG EN OR
_ Hole in one! Albatross ! Lucky you ! Bravo, quel coup fantastique!
De la chance, oui, il en faut un peu, mais réussir un trou-en-un demande avant tout une tactique adaptée au terrain. La mienne était – en toute modestie – infaillible ; mais je vous en reparlerai dans un moment.
L’Américain en casquette de baseball, bermudas roses et chemise hawaïenne, me tendit les 600 US$ qu’on avait pariés sur le trou numéro 7, un dog-leg à gauche, par 4, 230 yards. Deux trous plus tard, quelque peu dépité, mais pas rancunier, mon adversaire accepta le « planteur » que je lui offris au bar du club house. Nous avions d’un commun accord décidé d’intéresser la partie en pariant 10 dollars le trou. J’avais perdu les six premiers et je lui avais alors proposé de risquer 600 US$ sur le suivant : une sorte de « quitte ou décuple ». Sûr de lui et fort de ses premières victoires, il joua donc en premier au départ du septième. Son drive bien dosé propulsa sa balle blanche dans le coude du dog-leg hors de notre vue. Le trou numéro 7 ne comptait pas moins de trois bunkers, un de chaque côté du fairway et le dernier en défense du green : très technique. Tentant le tout pour le tout, visant le green, je décidai de couper l’angle et de passer au-dessus du rough et de ses flamboyants, et ce à la grande surprise de mon adversaire subjugué par mon audace. On ne put évidemment voir où atterrit ma balle, pourtant d’un beau jaune fluo bien visible.
Chemin faisant, seuls sur le fairway, il m’expliqua qu’il était en croisière et profitait de chaque escale pour tester un nouveau parcours exotique , occasion exceptionnelle, surtout quand on habite Manhattan. Comme 2000 autres new-yorkais, il avait accosté hier à Philipsburg et repartirait ce soir. Ses compatriotes s’étaient précipités dans les rues de la capitale pour dévaliser les centaines de boutiques en duty free qui attiraient deux millions de croisiéristes chaque année à Sint Maarten. Plutôt que d’aller s’acheter une montre de luxe, il avait pour mon plus grand bonheur préféré faire 9 trous ici à Mullet Bay, le seul club de golf de l’île franco-néerlandaise.
Sa balle blanche attendait tranquillement dans le confort moelleux du sable du premier bunker. En revanche, la mienne restait invisible. Nous cherchâmes un bon moment sans résultat. Finalement n’en croyant pas ses yeux, c’est lui qui découvrit ma balle jaune, au fond du trou numéro 7. Hole in one !
Je lui offris un autre cocktail, mais il refusa poliment et commanda un taxi qui le ramènerait rapidement sur les quais de Philipsburg.
Par contre, Brett, le barman, également responsable des réservations, accepta le verre et les 100 US$ convenus pour m’avoir trouvé un bon « match play ». Il repérait pour moi les touristes de passage qui cherchaient un partenaire de jeu. Des touristes qu’on ne reverrait plus jamais et susceptibles de parier un peu d’argent. Par mois, j’arrivais à plumer une dizaine de ces bogey players malchanceux , me constituant ainsi un confortable pécule non imposable, quoiqu’ici à Sint Maarten peu de choses étaient imposables.
Je comprenais l’engouement qui animait ces touristes amateurs de golf. En effet, lequel d’entre eux n’avait pas un jour rêvé de faire un 18 trous sous les Tropiques ? L’Écosse, St Andrews ont leurs charmes, leurs renommées, certes. Mais jouer en plein hiver en short, dans la chaleur, entre les palmiers , les hibiscus et les effluves des frangipaniers était une expérience unique, exceptionnelle, sauf si comme moi vous résidiez à l’année dans une villa située en bordure du seul club de golf de Sint Maarten.
Construit en 1970, le « Mullet Bay Hotel Resort, Golf Club & Casino » avait été ravagé par le terrible cyclone Luis en septembre 1995. Des villas et des bâtiments de l’hôtel , il ne restait que des ruines. Seul le golf retrouva rapidement une activité, proposant 18 trous sur 5780 yards idéalement répartis entre le lagon et la mer des Caraïbes, mais serpentant hélas au milieu des bungalows éventrés, laissés à l’abandon. C’est ce spectacle insolite que je découvris en 2010 et auquel je dus m’habituer lorsque je vins m’établir pour deux ans à Sint Maarten avec mon épouse néerlandaise et mon golden retriever Ulysse. Nous avions fait l’acquisition d’une villa à Point Pirouette, dans un petit lotissement, à 50 mètres du trou numéro 7. À cet endroit la clôture arrachée par Luis n’avait jamais été réparée et cela me permettait de venir seul tous les matins à 6 h 30, au lever du soleil, à la fraîche, taper un seau de balles sur ce dog-leg très difficile à négocier. Loin du club house, j’avais une petite heure de tranquillité avant que le greenkeeper ne démarre sa tournée matinale.
La première fois où j’emmenai mon chien avec moi à cet entraînement, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’Ulysse avait récupéré systématiquement toutes mes balles puis les avait triées par couleur : les blanches étaient rassemblées dans le sable d’un bunker, quant aux trois jaunes, il les avait placées sous le drapeau, dans le trou n° 7.
Je renouvelai l’expérience à plusieurs reprises , mais seulement avec deux balles et inlassablement, sans se tromper, Ulysse allait cacher la jaune dans le trou et la blanche dans le bunker. J’entrevis là une bonne combine à venir. Je lui appris à m’attendre à proximité du 7, bien camouflé dans le rough, puis de transporter les balles au bon endroit et enfin de disparaître pour aller chercher une récompense à la maison. Seule contrainte lors de mes duels truqués , je devais être le seul à jouer avec une balle jaune.
Cent quarante-deux » holes in one « , en deux ans ! Hélas pas homologables !
Bon, que ce petit secret reste entre nous. C’est mon plus beau souvenir de golf, mais qui voudrait le publier ?
—Allez, Ulysse, cherche les balles !


Vidéo de la remise des prix :
Merci à tous nos sponsors : VERYGOLFTRIP, CALLAWAY, GOLFSTARS, GOLFTECHNIC, RESONANCE GOLF COLLECTION, LES EDITIONS S&CO, livres offerts par Michel NIEDBALA, PATRICK BÉDIER, NICOLAS GRENIER, JOHN-ERICH NIELSEN, GÉRARD MULLER
LA SAISON 2021 – 2022
Le mardi 5 juillet 2022, vers les 19 heures, les organisateurs du Grand Prix Littéraire du Golf ont remis aux 3 lauréats de la saison 2021 – 2022 les lots prestigieux, offerts par nos partenaires : RESONANCE GOLF COLLECTION, VERYGOLFTRIP, CALLAWAY, GOLFSTARS, GOLFTECHNIC, GOLF EN VILLE, LES ÉDITIONS S&CO, IGGYBOOK, AMPHORA, EDITIONS DU VOLCAN, LES PRESSES LITTÉRAIRES, EDITIONS HOH
Cela a été une superbe soirée où la littérature et le golf se sont unis dans un échange profondément humain, où rien ne semblait pouvoir venir interrompre cette communion entre des esprits qui savait autant manier la petite balle blanche que les stylos.
Le Premier Prix a été décerné à Monsieur Jean-Christophe BUCHOT, de BOULOGNE-BILLANCOURT (92) pour
« FAIR-PLAY », l’histoire d’une déculottée infligée par une grand-mère.

Présentation de l’auteur :
Jean-Christophe Buchot, coach en stratégie et communication, préparateur mental, est passionné de golf depuis près de 20 ans. Son dernier ouvrage, L’Albatros, parcours de vie, explique en quoi ce jeu peut devenir un formidable outil de connaissance et de maîtrise de soi pour performer sur les fairways et au-delà. Sa nouvelle, Fair-Play, illustre son approche du golf, école de savoir-être.
FAIR-PLAY
Mon meilleur souvenir de golf ? C’est celui d’une raclée. Une déculottée même. Une dérouillée. Infligée par une grand-mère.
Ce jour-là, j’avais décidé de profiter de ma matinée pour découvrir le links d’Étretat. J’avais pris soin d’arriver la veille au soir, histoire d’avoir le temps de faire mes 18 trous avant mon rendez-vous professionnel prévu à Fécamp, à 14 heures.
Au départ du 1, j’agite énergiquement mon driver, histoire de débloquer mes épaules. La météo est au top, et je me sens d’humeur à dévorer ce fameux parcours en bord de mer. Je m’imagine à St Andrews quand je vois une élégante femme aux cheveux blancs, prenant appui sur une canne, se diriger vers moi. Je lui demande alors poliment ce qu’elle cherche.
« Je viens pour le départ de 8 heures », répond-elle avec un léger accent anglais, en me montrant sa canne… qui n’était autre qu’un bois de golf !
« Ah !… O.K. Nous aurons donc le plaisir de jouer ensemble », bafouillé-je, étiquette oblige. Mon intention est claire : la devancer tellement avec mon drive qu’elle n’aura d’autre choix que de me laisser filer devant elle. Je ne me suis pas levé à la première heure pour partager la promenade de santé d’une old lady. C’est là que je balance direct ma balle à plus de 250 mètres, plein fairway ! N’en revenant pas moi-même, je saisis l’occasion pour me présenter.
« Bravo ! Moi, c’est Mary », répond-elle en rejoignant les boules rouges.
Mary observe attentivement le parcours et respire profondément quand elle s’avance vers sa balle. Elle prend bien le temps de s’installer confortablement, tout en fixant régulièrement sa cible, avant de dérouler un nuage de swing ! La balle s’envole pour s’arrêter quelque 130 mètres plus loin, plein centre.
– Ça vous dirait de faire un match-play ? me propose-t-elle. Le perdant offre le thé !
Euh… Certes, son coup de bois est pour le moins inattendu. Reste qu’elle n’a absolument aucune chance : j’ai la moitié de son âge, et 14 clubs ! Mais comment refuser ? J’accepte le défi, sans grand enthousiasme.
Parvenue à sa balle, elle recommence son étrange routine, savant mélange de concentration et de relaxation, puis envoie son projectile à 130 mètres, d’un trait. Je la félicite, mais elle est encore loin du green !
Après mon super drive, il me reste, d’après mes jumelles, un coup de 158 mètres pour atteindre en 2 ce petit par 5. Malheureusement, ma balle part trop à droite et s’enfonce dans le cœur de sable qui défend le green surélevé.
À son troisième coup, Mary reproduit son coup de bois lunaire, qui s’arrête à deux mètres du drapeau !
Depuis le bunker, je frôle d’un rien le mât, et finis 4 mètres trop long.
Je comprends que le match-play sera plus disputé que prévu, mais me rappelle que Mary n’a pas de putter… À moi de jouer : je me place à 10 centimètres du trou.
« Donné ! » m’accorde mon adversaire.
Je viens de faire le par. C’est son tour : sa balle glisse vers le trou comme aspirée… Birdie ! Elle vient de me planter un birdie avec son seul bois.
« Wow ! Vous m’épatez, bravo ! One-down », concédé-je.
Elle me remercie en se penchant souplement vers le trou pour en extraire sa balle.
Dix trous plus tard, rien ne s’est passé comme prévu. Après m’être accroché comme si ma vie en dépendait, je suis déjà laminé : Mary a brillamment remporté les 10 premiers points, en faisant juste un coup de moins que moi à chaque trou. Je viens de subir la plus grosse défaite que l’on puisse se prendre au golf en match-play.
Il n’est pas dix heures que l’affaire est bouclée. Impressionné, je complimente sincèrement celle qui restera my fair lady : « Quelle partie, quelle leçon ! J’ai donné mon meilleur golf, merci Mary ! Voudriez-vous finir le parcours, avant que je vous offre un rapide déjeuner ? J’ai un rendez-vous très important après ».
« Avec plaisir », répond-elle en levant triomphalement son bois 6.
J’invite donc volontiers Mary, qui prend soin de choisir ce qu’il y a de plus cher au menu, le tout arrosé de Champagne ! Mais mon humiliation et mes billets perdus sont compensés par la qualité de la discussion : Mary a évolué au plus haut niveau, et je comprends alors que cette ancienne championne s’amuse à taquiner l’ego des joueurs en les piégeant avec ses petits paris…
La journée n’était pas finie. J’étais en retard et devais me précipiter à mon entretien d’embauche avec le patron de W. SA, société fécampoise de saurisserie. Ma mission : promouvoir leur produit phare, le hareng saur sec, sec, sec – mais haut de gamme !
M. W. est vraiment un BIG boss, massif comme une armoire normande.
À ma grande surprise, il m’accueille chaleureusement, comme s’il me connaissait de longue date. Après quelques échanges de banalités, il m’annonce, riant franchement : « Votre CV indique que vous êtes passionné de golf. Ça tombe bien, je ne recrute que des golfeurs ! C’est grâce à eux si le Débarquement a été un succès, estimait Churchill. Alors, j’ai demandé aux directeurs des parcours des environs de m’informer de toute réservation à votre nom ces jours-ci… Et ça n’a pas manqué ! Je vous ai aussitôt envoyé ma mère. Non seulement elle sait manier son petit bois comme personne, mais elle est remarquablement douée pour sonder les âmes. Et elle vous donne la note de 10/10 en stratégie, détermination et sportivité. Bref, elle vous recommande à 100 % ! Vous êtes un vrai golfeur. Pour moi, c’est décidé : je vous souhaite la bienvenue dans l’équipe W. ! Mais on ne va pas se mettre au travail dès maintenant ! Que diriez-vous d’aller prendre votre revanche contre moi ? »
Le Deuxième Prix a été décerné à Monsieur Christian JAURENA, de VILLEFRANQUE (64) pour :
« IL DOIT Y AVOIR UN GOLF À PECS », une réunion de travail aussi désopilante que surprenante.

Présentation de l’auteur :
Dans ma première vie, j’ai été journaliste de sports, notamment à Libération puis à L’équipe. J’y ai découvert le golf en relisant les papiers de nos reporters (André-Jean Lafaurie à Libé, Pierre-Michel Bonnot à L’Equipe). J’ai adoré regarder ce sport bien avant de le pratiquer avec assiduité (obstination?), entre l’Aveyron et le Pays Basque, dans ma seconde vie de retraité.
IL DOIT Y AVOIR UN GOLF À PECS
Mais ça va durer longtemps encore ? Il est bientôt dix heures, lundi matin et, en attendant, le boulot n’avance pas. Il faudra travailler plus tard, ce soir. Moi qui comptais aller taper des balles… Ce n’est pas le premier chef — cheffe, en l’occurrence — qu’on nous présente et qui se sent obligée de faire son speech à rallonge. J’ai vingt-cinq ans de boîte, j’en ai vu arriver une bonne dizaine et autant repartir.
Il faut l’admettre, je n’en ai pas vu beaucoup d’aussi sexy que celle-là. Enfin, avant qu’elle ne commence à parler et fasse disparaître peu à peu tous les sourires, principalement masculins, que son apparition avait provoqués. Le covid, ou plutôt l’après-covid, a eu raison de Paul Roquette, tout HEC qu’il était. Objectifs pas atteints, les Américains l’ont dégagé. Certainement pas avec une poignée de mains. Mais quand même, ça n’a pas traîné.
À sa place, avec tout le fric qu’ils lui ont filé, je me serais fait plaisir en achetant une nouvelle série de fers sur mesure. Les mêmes que Ian Poulter, je l’adore ce mec, même si je lui laisse ses pantalons. Mais je le connais le Paul. Grâce à son réseau, ses anciens copains de promo, il doit déjà être à un rendez-vous d’embauche ou peut-être bien en train de tenir, à ses nouveaux subordonnés, le discours qu’il nous avait tenu, il y a trois ans, quand il était arrivé à Rodez.
Est-ce qu’elle tiendra trois ans, Céline Mileski ? Pour l’instant, à en juger par l’état de stupeur dans lequel elle a plongé la salle, c’est plutôt nous qui nous demandons si elle n’est pas venue de Hongrie, rien que pour organiser la délocalisation de notre site de production vers celui de Pécs, 400 kilomètres au sud de Budapest.
Elle a commencé fort, sans prendre de gants. Je ne sais même pas si elle a dit bonjour avant de balancer : « Vous devez bien vous douter que si le siège de la Compagnie m’a dépêchée d’urgence en Aveyron, ce n’est pas pour vous féliciter ». Et ça dure depuis plus d’une heure. De plus en plus, précise, de plus en plus vache. On en prend tous pour notre grade. Elle envoie du bois. Pas le genre de femme à partir des rouges, si vous voyez ce que je veux dire.
« On n’est pas là, pour se faire engueuler… ». À un moment, j’ai décroché et j’ai pensé à mon père qui chantait du Boris Vian quand maman commençait à rouspéter parce qu’il était rentré trop tard. Lui, ce n’était pas le golf qui le retenait dehors, mais la belote coinchée, avec un pastis et les copains. Tel père, tel fils. Tu parles ! Papa, c’était un champion avec les cartes, il remportait des concours, rapportait des lots à la maison et même de l’argent, mais ça, c’était un secret entre nous deux.
C’est quand la dernière compétition où j’ai gagné quelque chose ? Je parle en net, évidemment. Le brut, je ne le touche que du bout des lèvres, dans une flûte. Ça n’était pas hier, en tout cas. Pourtant j’y ai cru, au début. Si je n’avais pas slicé mon drive du 9, direct dans le lac, j’aurais pu boucler un aller de rêve en + 3. Mais je me suis noyé avec cette balle. La croix sur le 9, je l’ai portée jusqu’au 13. Un bogey, deux doubles et même un triple. Et l’autre abruti qui avait commencé à jeter ses clubs à chaque coup raté n’en loupait plus un depuis son birdie au 9.
J’étais furieux. Je m’étais levé à 5 heures et demie ; j’avais fait 150 kilomètres pour aller jusqu’à Seihl ; je m’étais fait flasher sur la rocade de Toulouse parce que j’avais laissé mon Coyote dans la Mini de Marie. Tout ça parce que, samedi, j’avais eu la flemme de sortir mon
chariot et le sac pour installer le siège enfant dans ma voiture. Bref, je me demandais à quoi bon. Pourquoi tant de temps perdu, loin de ma petite famille ou de mes vrais amis ? Pourquoi tant d’acharnement et tant de frustrations ?
Je me posais aussi une autre question, bien plus fondamentale : comment fait-on pour bien taper dans la balle ? Et là, entre le green du 13 et le départ du 14, j’ai retrouvé le truc. Mais oui, bien sûr, il faut que je déclenche avec la hanche. À partir de là, j’ai sauvegardé mon net et l’autre brute a recommencé à jeter ses clubs. Bon perdant, il a payé la bière pour se faire pardonner.
« Je vous préviens, à Austin, ils n’en ont rien à faire des particularismes français. Si vous ne redressez pas la barre d’ici la fin de l’année, la délocalisation deviendra la solution inévitable… » Elle a dit Austin ? Là où Scottie Scheffler a remporté le championnat de match-play sur le magnifique parcours du Country Club ? C’est là-bas qu’il faudrait nous délocaliser.
J’y suis parti direct. Je me suis vu, « one up » au départ du 17, ce par-3 vicieux avec un green large, mais très peu profond et tout en pente. Bien en rythme, tourne jusqu’à voir la balle derrière l’épaule, sans forcer, fais confiance au club et surtout, surtout, démarre avec la hanche. « Vous devrez travailler plus. Vous aurez donc moins de temps pour vos loisirs ou… pour jouer au golf ». J’ai sursauté. Elle m’a surpris en plein swing imaginaire à Austin. Elle a dit ça en me regardant droit dans les yeux.
Dix heures et demie. C’est fini, mais je me sens grillé. Sur le mail de convocation, il était précisé qu’un café et des viennoiseries seraient partagés à l’issue de la réunion afin que la nouvelle boss fasse individuellement connaissance avec tous les responsables de services. Quand vient mon tour, j’ai eu le temps de soigner mon introduction. Je n’en mène pas large, mais, perdu pour perdu, je me lance : « J’ai l’impression qu’avec vous, je vais partir avec un handicap ».
Et là, miracle, le fauve Mileski se transforme en Céline taquine et souriante : « Cela dépend de votre index. Moi, je suis 6,2. Et vous ? »
Il doit y avoir un golf à Pécs.
Le Troisième Prix a été décerné à Monsieur Romain LIZÉ, de POITIERS (86) pour :
« LE JARDIN DE MONSIEUR ANDRÉ », une rencontre golfique et émouvante en bord de mer.

Présentation de l’auteur :
Je me consacre depuis plusieurs années à l’écriture sous diverses formes : romans, scénarios, nouvelles, chroniques cinéma. J’avais dix ans lorsque j’ai foulé mon premier green. Ce concours était l’occasion de mettre en mots les émotions incomparables qui ont jalonné mes années de pratique. En littérature comme en golf, je crois en la répétition de gestes précis pour atteindre l’excellence.
LE JARDIN DE MONSIEUR ANDRÉ
Nous passions chaque mois d’août dans une petite maison de famille plantée à quelques kilomètres de l’Atlantique. Épargnés par le tumulte de la côte, mes parents et moi coulions des étés calmes à l’ombre d’une allée de pins maritimes. L’été 2007 aurait pu ressembler au précédent si un personnage énigmatique ne s’était pas installé sur le terrain jouxtant notre propriété : un petit homme dont la lèvre supérieure était recouverte d’une épaisse moustache blanche. Une haie encore plus touffue que sa moustache empêchait de voir la manière dont il avait transformé ce terrain à l’abandon. Les rares fois où Monsieur André passait dans l’allée avec son filet à provisions, il rentrait la tête dans ses épaules en ignorant les timides salutations des voisins.
La rencontre a eu lieu une semaine après notre arrivée. Alors que mes parents, écrasés par la chaleur, décidaient de ne pas aller à la plage cet après-midi là, je me contentais de quelques clapotis dans une pataugeoire gonflable posée sur notre pelouse. Soudain, j’ai entendu des bruits étranges : des petits claquements secs qui provenaient de derrière la haie de Monsieur André. Je me suis faufilé à travers les branchages pour identifier l’origine des sons. C’est là que j’ai aperçu le petit homme debout sur un carré de pelouse coupée à raz. Il était muni d’une longue tige en métal dont l’extrémité servait à frapper une balle pour la faire rouler dans un trou. L’activité m’a d’abord paru farfelue. Je suis pourtant resté assis en tailleur au milieu des thuyas, hypnotisé par la précision de ses gestes. Après une dizaine de minutes, une voix grave m’a extirpé de ma méditation :
– Tu ne veux pas essayer au lieu de jouer à l’enfant sauvage ?
Je suis sorti de la haie, l’air penaud. Il m’a confié son putter en m’expliquant les règles du golf. À première vue, cela paraissait très simple.
– Un des plus grands joueurs de cartes de l’histoire a dit qu’il fallait cinq minutes pour apprendre les règles du poker, mais toute une vie pour en maîtriser le jeu. C’est la même chose au golf, petit. Le hasard en moins, et le grand air en plus.
Tandis que je réalisais la difficulté de la discipline en envoyant les balles partout sauf dans le trou, Monsieur André me racontait son histoire.
-J’ai parcouru toute ma vie la côte atlantique à bord de mon camion de glaces. À 35 ans, j’ai rencontré la femme de ma vie lors d’une fin de saison sur la côte d’émeraude. Elle a décidé de me suivre dans mon estafette qui sentait la vanille et la pistache. Une vie heureuse qui coulait doucement le long de l’océan… Jusqu’à son départ précipité. Sillonner les routes n’avait plus de sens sans elle. J’ai vendu mon camion. Mes minces économies m’ont permis d’acheter le terrain en friche et d’y construire cette petite baraque faite de bric et de broc. Mais quelque chose me manquait… Lors de mes voyages à travers les bourgades côtières, j’observais de loin les terrains de golf. Ces étendues de verdure, de sable et d’eau me plongeaient dans un profond sentiment de sérénité. J’ai commencé à suivre les compétitions professionnelles sur une petite télévision accrochée à l’arrière du camion. Le coup de foudre a été instantané. En m’installant ici, j’ai créé ce parcours miniature pour faire entrer un peu de lumière dans ma nouvelle vie… Ça ne t’intéresse pas du tout ce que je te raconte ?
Mon esprit d’enfant était occupé par le jeu que je venais de découvrir, mais ses paroles me touchaient. Je les entends encore résonner aujourd’hui. Le vieil homme m’a ensuite dit de retourner chez moi, que l’initiation était terminée, qu’il souhaitait rester seul. J’ai compris qu’il avait besoin de temps pour panser la blessure du deuil.
Le jour suivant, à la même heure que la veille, j’ai laissé mes parents partir sans moi à la plage. Je n’entendais pas le bruit du putter, mais j’ai quand même franchi la muraille de thuyas. Monsieur André s’est avancé vers moi avec une tasse dans chaque main.
-J’ai fait du thé vert à la menthe, il n’y a rien de mieux pour se rafraîchir !
Il éclata des noix avec l’extrémité de son putter, nous en dévorions les cerneaux sans évoquer le douloureux souvenir confié la veille. Nous avons joué jusqu’au soleil couchant sur ce green qu’il entretenait avec l’attention qu’on porte à un jardin zen.
Des années plus tard, après avoir répété ce rituel tous les étés, j’ai décidé de lui faire une surprise. Venant tout juste d’obtenir mon permis de conduire, je me suis garé devant sa maison sans lui révéler notre destination. Il est monté dans ma voiture avec un air suspicieux. Quelques minutes plus tard, alors qu’un parcours de golf se dessinait sur la mer comme un îlot jaillissant des flots, Monsieur André s’est tourné vers moi.
-Je vais faire tache ici. C’est pas mon élément.
-Je ne vois pas comment un homme qui aime autant ce sport pourrait faire tache ici.
Cette journée ensoleillée a été une révélation. Je n’avais jamais vu son visage aussi rayonnant qu’à la fin des dix-huit trous. Il venait de trouver l’endroit qu’il recherchait inconsciemment durant ses décennies d’itinérance.
Dans ce golf de bord de mer où les têtes changent avec les saisons, Monsieur André est rapidement devenu une figure incontournable. Pas un jour ne passe sans qu’il vienne taper quelques balles en lançant un mot gentil à toutes les personnes qu’il croise.
Et parfois, quand la chaleur du jour s’évapore en déformant l’horizon, il lui semble apercevoir le visage de sa femme qui se superpose au fairway.
Une image tombée du ciel qui caresse son paradis terrestre.

LA SAISON 2020 -2021
Le 6 juillet 2021, le Comité a remis les lots aux gagnants du Grand Prix Littéraire du Golf, à Saint-Cloud, à Golf en Ville.
Le Premier Prix a été décerné à
Monsieur François VARAY de PLOUHA (22) pour
« TRENTE ANS ET DEUX JOURS », une belle histoire pour un retour au golf.

Présentation de l’auteur :
François Varay, 61 ans, breton, golfeur, baigné très tôt dans un univers golfique et littéraire. C’est une rupture amoureuse qui lui a fait arrêter le golf pendant trente ans et deux jours ! Autre passion : l’écriture avec un premier roman « Laura » qui a reçu le Prix Amok et un roman sur le secret de Mayerling qui sera bientôt publié.
Nouvelle primée :
TRENTE ANS ET DEUX JOURS
Camille vérifia la date du jour et la compara avec celle du ticket qu’elle tenait entre les mains. Elle avait extirpé le papier verdâtre de son volumineux et antique sac de golf, qui agonisait depuis des lustres sous sa cheminée, caché derrière des bûches qu’elle ne voulait même pas utiliser. Le green-fee indiquait Golf du Touquet, Parcours de la Mer, et un timbre à date avait figé le temps au 21 juin 1989. Ce jour-là, elle avait quitté le club, seule. Ce jour-là, elle avait renoncé à ce sport maudit. Plus rien ne l’intéressait. Et surtout pas le golf.
Trente ans et deux jours. C’était le temps qui s’était écoulé depuis qu’elle avait pour la dernière fois ouvert la fermeture éclair de ce sac, cette poche où logeait son gant, moisi aujourd’hui, ses tees, et la Titleist 4 qu’elle jouait le jour du drame. Comment oublier, comment pardonner au destin ?
Elle et son fiancé Alain se faisaient une joie de disputer cette compétition au Touquet. On était en juin. Les Écossais disent que le golf se joue par tous les temps, y compris par beau temps. Mais cette chaude journée de juin n’était pas une journée propice au golf. Camille terminait son parcours, abordant le 18 avec la certitude de la victoire. Elle gagnait souvent. Lui parfois. Ils s’aimaient, ils aimaient le golf. C’est au club qu’ils s’étaient rencontrés, et avaient communément admis que le golf était l’école de la vie. Des moments difficiles, des déceptions, des frustrations, mais un seul bon coup vous redonnait le sourire. Avec le golf, ils savaient tous deux qu’ils étaient armés pour tout affronter, tout réussir, que rien ne les arrêterait.
Ce jour de juin au Touquet, Camille vit le ciel s’obscurcir brutalement, le sable voler sous le coup d’un vent inattendu. Plus qu’un trou à jouer, elle souriait, elle se sentait tellement puissante que ce n’était pas un grain, même violent, qui allait la déstabiliser. Le ciel, devenu noir d’encre, en décida autrement et se zébra d’éclairs bleutés. Le tonnerre fut assourdissant. Elle fut désemparée, mais, sage, se souvint qu’on a l’obligation de s’arrêter de jouer sous l’orage, et de se protéger, en courant loin de tout arbre et en abandonnant ses clubs. D’ailleurs la voiturette du comité remontait trou après trou pour enjoindre les golfeurs de s’arrêter. Sous des trombes d’eau, elle vit encore des éclairs bleutés, longs et sauvages comme l’été. C’était puissant, c’était beau. Elle avait rejoint le club-house depuis un quart d’heure lorsqu’à travers les fenêtres, elle vit une autre lumière, intrigante, clignotante, bleutée elle aussi qui se reflétait sur les boiseries très anglaises du club-house. Puis des flashes oranges. Des cris, de la stupeur envahissaient le bar, comme si l’orage avait pénétré la salle. Les coupes qui attendaient sur une nappe blanche semblaient se moquer de l’effroi ambiant. Camille reverrait toujours sa Capitaine des Jeux venir vers elle, la prendre dans ses bras, rester un long moment en silence avant de lui dire qu’Alain avait été foudroyé.
Depuis elle avait tout essayé. D’abord de faire face, de travailler, et même une fois de tenter de rejouer. Mais le muscle le plus important pour le golfeur est le cœur, et le cœur n’y était plus. Alors elle avait essayé l’alcool, puis la dépression. Elle s’était ensuite adonnée à la psychothérapie, aux antidépresseurs, au valium. Tout y était passé, la destruction de sa vie était une chose qu’elle contemplait, sans tenter de chercher ni à la comprendre ni à l’endiguer.
Elle avait tout essayé. Tout, sauf se remettre au golf. À la faveur d’un nettoyage de sa cheminée, elle avait retrouvé ce gros sac de golf blanc, planqué sous les bûches, maintenant grisâtre, qui avait été le compagnon de sa vie. Alors elle avait osé l’ouvrir, poche après poche. Elle avait retrouvé ses fers en acier, ses bois en persimon, son archaïque putter qu’elle n’avait jamais voulu changer. Et ce dernier ticket de green-fee dont l’encre n’avait même pas voulu pâlir.
Trente ans et deux jours. Est-ce assez pour guérir ? Peut-on recommencer là où la vie s’est arrêtée ? Et si la vengeance sur le destin lui redonnait la force de swinguer ? Et si rejouer était la meilleure façon d’honorer Alain ? Et si, à travers ce bout de papier donnant le droit de jouer, c’était lui, Alain, qui lui disait : Fais-le en mémoire de moi ! Rejoue ! Prends ton fer 7, ta balle et just swing it !
Et si elle troquait ses cachets contre quelques balles de practice ?
Au club, on lui dit qu’on ne la retrouvait pas dans les classements. Forcément, rétorqua-t-elle, les ordinateurs n’existaient pas quand j’ai arrêté. C’était quand ? Il y a trente ans et deux jours. Vous devez passer une carte verte. Une quoi ? Elle montra le ticket. Bon, elle pourrait jouer. Son nouvel index serait 54. Ah bon, on dit index maintenant ? Plus handicap ? Et c’est 54 ? Plus 28 pour les femmes et 24 pour les hommes ? Elle s’acharna. Semaine après semaine, elle gagna en sagesse ce qu’elle avait perdu en puissance. Bien sûr, la rotation de son corps n’était pas parfaite. Mais elle se souvenait de ce que disait toujours Alain : Le Golf est un sport de lancer. Alors, elle lança. D’abord beaucoup trop fort, puis avec plus de timing. Le rythme, la précision, et enfin, de façon presque surprenante, le plaisir devinrent ses nouvelles armes. Le putting, les approches, tout revenait. Elle s’inscrivit au championnat du club. La météo était épouvantable : une tempête, des rafales à 120 km/h, une pluie battante, les fairways de ce links argileux furent vite inondés. Ses partenaires voulaient abandonner. Elle leur rétorqua sèchement qu’au golf on n’abandonne jamais, sauf sous l’orage. Elle jouait mal, très mal, elle était trempée. Elle ne voyait rien, mais elle était heureuse. Elle finit dernière. La plupart avaient abandonné. Elle leva les bras au ciel. Elle avait gagné contre elle-même.
Ce fut sa plus belle victoire.
Le Deuxième Prix a été décerné à
Madame Dominique ARMAND-SCHAAR pour
« BAAAAALLE », un moment savoureux de suspens et d’humour.
Présentation de l’auteure :
Dominique Schaar, née le 16 mai 1954.
Passionnée de lectures en tous genres depuis l’âge de 12 ans, puis de golf une cinquantaine d’années plus tard, j’ai découvert l’écriture de nouvelles grâce au 2ème confinement. Je joue en moyenne 3 à 4 fois par semaine, mais bizarrement mes résultats sont inversement proportionnels à mon assiduité… les arbres ayant une fâcheuse tendance à renvoyer mes balles 10 m derrière moi, quand ce ne sont pas les plans d’eau qui les attirent irrésistiblement.
Nouvelle primée :
BAAAAALLE
– 4° C. De gros nuages gris et bas qui n’annoncent rien de bon. Un temps à rester sous la couette, sans culpabiliser, avec un thé, un bouquin, l’ordi et le téléphone. Mon activité préférée. Enfin, mon activité préférée n°2 depuis trois ans. Voilà pourquoi, en ce glacial dimanche 27 décembre, au lieu de rester au chaud à cuver les excès de l’avant-veille, je me lève tôt, enfile un pantalon imperméable fourré de polaire, que je double avec un collant de laine qui gratte et une paire de guêtres, je superpose Damart, cachemire, doudoune et coupe-vent, et, cerise sur cet improbable gâteau, je coiffe –devrais-je dire décoiffe– mon brushing de Noël d’un ridicule bonnet à pompon. Affublée de cet accoutrement qui transformerait Miss France en bibendum, je sors dans le froid et monte dans ma voiture givrée, dans la joie et dans la bonne humeur, pratiquer mon activité préférée n°1. Non je ne vais pas dévaler les pistes de Val d’Isère derrière un beau moniteur, ni pécher le saumon dans une rivière glacée de l’Idaho. Je vais juste jouer au golf. Ou plutôt, je vais me cailler pendant 4 h, glisser dans la boue, me défoncer l’épaule à cause du sac trop lourd, pourrir ma doudoune Moncler dans les ronces à la recherche de mes balles égarées, contenir non sans peine une vingtaine de jurons, envoyer au moins 4 de mes jolies balles roses dans l’eau, et promettre d’arrêter ce sport et de me mettre à la broderie après cette calamiteuse partie. Ça fait envie hein ? Haha ! Et demain, j’y retourne. Voilà ma vie. J’en redemande, et j’adore ça ! Vous vous dites que je suis maso ? Mais non en fait vous ne vous le dites pas, car vous êtes golfeurs vous aussi !
Me voilà donc au départ du trou n°1. Mes camarades de jeu habituels ayant opté pour l’activité n°2, la glande au chaud, je me lance toute seule, sous un léger crachin breton. Je vous passe les quatre premiers trous, avec leur lot de tops, air shots, sorties de bunkers râtées, puts catastrophiques, et autres sockets. J’en suis à moins 3 balles. Départ du n°6. Ce trou n’est pas mon ami. Un par 5. Une mare aux canards bordée de buissons, mes balles l’adorent, dogleg à gauche, et de grands bouleaux justes au milieu, histoire de boucher la vue et les trajectoires. Je me concentre, j’arme mon driver, et je donne tout ! Joli bruit, belle envolée, je suis la balle des yeux, contente de moi. Puis plus rien, 36 chandelles et noir complet.
« Madame ? » « Madame ? » Qui me parle ? Qui me tapote les joues ? J’ouvre un œil. Un deuxième. Je vois deux gros trous de nez penchés sur moi. J’ai un mal de crâne monstrueux et je sens un liquide gluant et chaud couler entre mes deux yeux. Je suis glacée, au sens propre et au sens figuré. Je panique. Où suis-je, qu’est-ce qu’il m’arrive ? Enfin je distingue 4 ou 5 personnes penchées sur moi, médecins, pompiers, directeur du golf. Grosse grosse angoisse qui monte. Je croasse « Qu’est-ce que j’ai ? » « Tout va bien ma petite dame, détendez-vous. Vous avez reçu une balle en pleine tête, on vous emmène à l’hôpital. » Une balle ? On m’a tiré dessus ? Et il me demande de me détendre ? Au secours, je vais mourir. Quelqu’un me colle un masque sur le visage, je retombe dans les vapes. Je me réveille dans le camion des pompiers. Il y en a deux penchés sur moi. Deux canons. Ils me sourient. « Ça va madame ? » Oui en fait ça va beaucoup mieux. Tant qu’ils restent là, à me regarder comme ça, je suis aux anges. Ça doit être l’uniforme. Un peu comme l’effet produit par le moniteur de ski. Ou l’excès d’oxygène peut-être. 4 heures plus tard, je sors de l’hôpital avec un énorme bandage autour de la tête, aussi ridicule que mon bonnet, mais blanc et sans le pompon. Une ambulance me ramène chez moi. Ah oui au fait on ne m’a pas tiré dessus. Enfin pas avec une arme à feu. Avec une balle de golf. Rose. Je m’allonge sur le canapé du salon quand le téléphone sonne. Mon avocat. J’ai un avocat moi ? Ça doit être Cyril, le directeur du golf, qui l’a contacté. « Ne vous inquiétez pas, Madame. Nous retrouverons la personne qui vous a attaquée. Il faut porter plainte, nous demanderons des dommages et intérêts. » Je raccroche, un peu sceptique. Et j’ai un flash. Je revois ma balle, rose, fuser droit sur le bouleau du milieu… et revenir vers moi, juste avant de m’écrouler. On peut porter plainte contre un bouleau ?
Le Troisième Prix a été décerné à
Monsieur Pierre CHAUDESAYGUES de BOULOGNE-BILLANCOURT (92) pour
« JE NE SUIS PAS UNE CATIN », ou le conciliabule d’une balle de golf qui ne se laisse pas faire.

Présentation de l’auteur :
Directeur des chaînes Canal+ Sport à l’International, Pierre CHAUDESAYGUES a toujours été amené dans son métier de journaliste à raconter des histoires au travers des nombreuses émissions et des différentes productions pour la télé.
Passionné de la petite balle blanche, il a été l’un des artisans à la création de la chaîne GOLF+ (Groupe Canal+).
Nouvelle primée :
JE NE SUIS PAS UNE CATIN
Voilà plus de quatre heures que je passais de main en main. Sans ménagement, mais avec toujours beaucoup de bienveillance. Quatre heures tantôt à me faire claquer les fesses, traiter de tous les noms d’oiseaux possibles, tantôt à me faire nettoyer, câliner, embrasser. Il soufflait le chaud et le froid en permanence et j’avoue que j’avais du mal à savoir ce qu’il voulait, vraiment, si ce n’est que je sois docile avec lui. Quelle drôle d’idée. Comme toutes mes copines, je n’avais pas été préparée à ça.
Au départ ce matin, les choses s’annonçaient pourtant sous les meilleurs auspices. Cela m’avait vraiment fait bonne impression. Une serviette toute neuve et très douce m’avait caressée de la tête aux pieds. On avait même pris le soin de me baigner dans de l’eau chaude. Puis pendant que je me laissais aller entre des doigts experts – le bain chaud ça vous détend – j’avais senti une sensation désagréable dans le dos. Une drôle d’inscription que je ne comprenais pas, mais qui semblait indispensable pour pouvoir entrer dans le panthéon des champions. Je ne suis pas très fan des tatouages. Celui de ma date de naissance me suffisait largement. Il avait été pensé et réfléchi par mes parents et avait une signification. Il validait mon appartenance au gang des ‘’top players’’ et j’en étais très fière. Franchement celui qu’on venait de me faire était loin d’être une œuvre d’art. On aurait pu me demander mon avis. À la limite si on m’avait dessiné un ‘’Modigliani’’ ou un ‘’Picasso’’ j’aurais surement accepté.
Enfin, on m’avait présenté mon maître. Une main ferme, des gestes assurés, précis, je sentais quelqu’un de rassurant sur lequel je pouvais m’appuyer. On m’avait prévenue : les relations pouvaient être parfois tumultueuses, mais j’étais très excitée à l’idée de le découvrir. Le début de notre histoire était plutôt tranquille. Il me faisait découvrir les différents lieux dans lesquels j’allais travailler. D’abord, un bac à sable où j’avais le sentiment de retomber en enfance. Puis un tapis très soyeux où je pouvais me rouler dans un sens puis dans l’autre. Tout ça ressemblait au paradis. À chaque fois qu’on changeait de lieu, j’avais droit à mon taxi personnel. Un peu sombre, mais très agréable et relativement chaud.
Puis sans prévenir, le ton avait d’un coup changé. Alors que je commençais juste à prendre la mesure de mon nouvel emploi, j’entendis qu’on appelait mon patron d’une voix grave et solennelle. Le tout encouragé par des cris et des ‘’come on’’, ’come on !’’.
Je compris que le show allait commencer. Comme un tremblement de terre, j’eus le sentiment d’être projetée dans les airs comme une poupée de chiffon et de retomber face contre terre à des kilomètres. De vraies montagnes russes. À peine avais-je repris mes esprits que ça recommençait. Et à chaque fois, que le manège s’arrêtait, on me prodiguait de nouveaux soins. Il y avait un peu de répit avec une courte pause sur le tapis où j’avais roulé quelques heures auparavant et c’était reparti, je me retrouvais dans les airs.
J’entendais sa voix qui semblait satisfaite, j’y décelais même un peu de suffisance. Pourtant, il aurait dû le savoir. Je suis issue d’une grande famille. Mon éducation m’avait appris à rester respectueuse en toute circonstance. Et au fil du temps, je sentais qu’on faisait de moins en moins attention à moi. Ça parlait de pentes, de distances, de green, de fairways, mais presque plus de moi. De temps en temps, j’avais droit à un bisou, mais cela se faisait de plus en plus rare. Les quolibets fusaient plus souvent à mon endroit que les compliments. Il aurait dû le savoir pourtant. C’est moi et moi seule qui pouvais décider de son bonheur ou de son malheur.
Combien de mes amies avaient détruit des carrières parce que leur patron ne les avait pas respectées. Combien avaient décidé d’aller se promener dans un bois, des hautes herbes ou même se baigner dans un lac pendant leurs heures de travail.
Nous arrivions au terme de notre collaboration. Il me restait encore un dernier manège à réussir avant d’être enfin libérée. Le tapis vert qui se présentait devant moi serait le dernier. Il était immense et très vallonné. Un terrain de jeu idéal pour monter de quoi j’étais capable. La journée avait été longue. Alors quand le gazon me caressa le dos pour la dernière fois, je me sentis pousser des ailes. Comme dans un dernier sursaut d’orgueil, je m’élançais dans ce toboggan d’incertitudes. Je savais que mon maître me suivait des yeux espérant que je fasse ce qu’il m’avait ordonné. Mais voilà, pour lui j’étais une catin. Il me l’avait si souvent répété tout au long de la journée. Je me devais donc de lui montrer vraiment qui j’étais. À mesure que l’issue se rapprochait, je sentais la bronca monter autour de moi. Ça criait hurlait des ‘’In the Hole !’’ à tout rompre. Je voyais bien que j’étais l’objet de tous les espoirs.
Devant moi se présentait le dernier virage avant de plonger une dernière fois dans l’inconnu. Je devinais à quelques tours de roue le trou noir dans lequel j’étais censé plonger. Ma décision était prise. J’allais tenter l’une des plus belles figures au monde. Les ‘’waouh, nooooon, oh my god !’’ n’auguraient rien de bon pour mon maître. Je devinais qu’il allait me traiter une dernière fois de catin. Je venais de réussir, un magnifique 360° pour me percher en suspension au bord du précipice. Ma jouissance était à son paroxysme. Je tenais ma vengeance.
Il aurait dû me respecter.
FÉLICITATIONS À TOUS LES TROIS !!!




Merci aux sponsors de la première heure, de la première saison, de tous ceux qui ont cru à ce concours littéraire dédié au golf : GOLFSTARS, GOLFTECHNIC, GOLF EN VILLE, LES EDITIONS S&CO, aux auteurs qui ont offert leurs livres, PATRICK BÉDIER, NICOLAS GRENIER, JOHN-ERICH NIELSEN, GÉRARD MULLER


UN GRAND MERCI À TOUS NOS PARTENAIRES
MERCI À TOUS LES PARTICIPANTS
ET BRAVO AUX LAURÉATS !!!!